Issue time11:11:24, par JP Email 2016 vues
Catégories: Technologie



Il fut un des pionniers de l’informatique moderne, a participé à la création des systèmes d’exploitation Multics et Unix, en plus d’avoir développé le langage de programmation C. Pour autant, il reste peu connu du grand public. Cet homme se nomme Dennis McAlistair Ritchie et est décédé le week-end dernier, a annoncé le programmeur canadien et créateur du langage Go chez Google, Rob Pike, sur son compte Google+.

Dennis McAlistair Ritchie a reçu plusieurs récompenses pour l’ensemble de ses contributions dans le domaine des systèmes d’exploitation: le prix NEC C&C en 1979, le prix ACM Turing en 1983 et la médaille nationale de technologie des Etats-Unis en 1998 avec Ken Thompson.

Pour autant, dans une interview avec le magazine IEEE Spectrum, Dennis McAlistair Ritchie était revenu sur la raison pour laquelle il disait que «le langage C [était] biscornu, imparfait et un énorme succès». Le langage C, qu’il a créé alors qu’il travaillait au sein des laboratoires Bell, est un des langages de programmation les plus utilisés dans le monde et ce, dans une variété de plateformes informatiques.

Quelques jours après la mort du co-fondateur d’Apple, Steve Jobs, la comparaison entre les deux hommes était inévitable et des tweets, la plupart provenant de développeurs, ont souligné combien celle de Dennis Ritchie était moins médiatique alors que ce dernier était au moins aussi important.

Michael Farrell, d'Adelaide en Australie, s'attriste de voir que «la mort de Ritchie ne fera pas la une des journaux comme celle de Jobs, alors que sans lui, les systèmes d'exploitation d'Apple, iOS et OSX n'auraient pas existé». Nathan Lee, de Sydney, rappelle que «sans Unix et C, vous ne disposeriez pas de vos smartphones, ordinateurs de bureau, tablettes, etc. Dennis Ritchie a véritablement changé la donne dans le monde informatique». Dans un portrait que le magazine The Economist lui a consacré en 2004, un de ses collaborateurs, Bjarne Stroustrup, qui a conçu le langage C++, estime que «si Dennis avait décidé de consacrer une décennie aux mathématiques ésotériques, Unix aurait été mort-né.»



Slate.fr

Issue time16:40:19, par JP Email 71 vues
Catégories: Technologie



Une étude américaine a croisé les données des médias du monde entier sur plus de 30 ans afin de montrer les intérêts convergents ou divergents des différents peuples de la planète sur l'actualité. Attention : résultats surprenants...

Culturomics 2.0, une étonnante étude de l'Université de l'Illinois à Chicago (UIC) tente de prévoir à large échelle des comportements humains en utilisant le ton global positif ou négatif des informations diffusées dans les médias. Cette tentative passe, entre autres, par une cartographie du monde découpé en "civilisations" via une masse d'informations traitées dans la presse papier, dans les médias audiovisuels et sur Internet depuis 30 ans, à l'échelle de la planète entière. Le résultat est surprenant, on y voit que la France aurait, comme le Portugal, plus d'affinités culturelles avec l'Afrique qu'avec l'Europe.

Ce travail de recherche a été réalisé avec le soutien de la National Science foundation en utilisant le super ordinateur Nautilus SGI UV (équipé de 1024 cœurs (processeurs Intel Nehalem EX) avec... 4 terabytes de mémoire vive partagée) en s'appuyant sur les ressources du Teragrid qui met en commun les ressources de plusieurs institutions américaines.

L'étude a utilisé le Foreign Broadcast Information Service (FBIS proche de la CIA — devenu l'Open Source Center) et le Summary of World Broadcasts (SWB ) américano-britanniques qui recensent 32 000 sources. Pour la seule période de janvier 1979 à juillet 2010, le SWB contient 3,9 millions d'articles. L'étude a aussi permis de comparer l'échantillon avec l'intégralité des articles publiés par le New York Times entre le 1er janvier 1945 et le 31 décembre 2005, soit un total de 2,9 milliards de mots.

L'étude souligne qu'au cours des 15 dernières années les informations diffusées sur Internet ont atteint 46% du contenu étudié et recensé par ces systèmes. Certains médias imprimés sont désormais surveillés via leur version en ligne.

Nous avons choisi de souligner un passage particulier de cette étude. Il fait référence à la méthode Louvain d'optimisation de la modularité à partir d'un clusting hiérarchique, la partition issue du SWB divise le monde en six civilisations, qui sont représentées de manière spatiale sur une carte du monde qui donne une vision inhabituelle. Ces civilisations sont aussi basées sur une proximité géographique, et sur des événements qui se déroulent dans un pays et influent ou sont liés à un pays voisin.

Sur la carte ci-dessus, on voit que certains pays se retrouvent dans une position d'isolement par rapport à la "civilisation" dont ils font partie. C'est le cas par exemple de l'Espagne, en violet qui est rattachée aux États-Unis et surtout à l'Amérique du Sud en raison de son passé colonial et de sa communauté de langue. On voit donc que l'information traitée en Espagne rattache plus ce pays à la zone Amérique du Sud, qu'à l'Europe.

Autre surprise, on découvre que la Françafrique (dont le concept est plutôt désormais vu comme négatif en matière politique) semble encore exister en matière d'information. Les liens entre la France et la zone qui abrite ses ex-colonies d'Afrique Noire sont forts, au point que comme l'Espagne, la France semble plus liée à l'Afrique si l'on en croit la couleur bleu vert qui lui a été attribuée. le Portugal, est lui aussi de la même couleur très lié à l'Afrique en matière d'information, vu, son passé colonial.

On voit donc, que si nos quotidiens et nos sites d'informations en ligne, Atlantico compris, parlent souvent de la relation franco-allemande face à la crise de zone euro et au risque de défaut de la Grèce, la France n'est pas principalement tournée ou liée à l'Allemagne en matière d'information. ll est ainsi clair, par exemple, que les particularités du système fédéral allemand avec ses landers, échappent à la majorité des Français.

Pour des raisons que la lecture de l'étude n'explique pas on constate que la "civilisation" la plus diverse, en bleu marine foncé comprend aussi bien le Canada, que la Grande Bretagne et la Norvège, ainsi qu'une partie de l'Afrique de l'Égypte au Moyen Orient. L'Europe s'étend de la Belgique jusqu'aux confins de l'Oural englobant les pays de l'Est avec l'Italie, la Grèce ou la Turquie.

L'Inde (en rouge) est un continent, pardon une "civilisation" à elle seule, avec quelque-uns de ses voisins, tandis que que la "civilisation" apparaissant en jaune englobe un espace géographiquement cohérent qui va de la Chine à l'Australie en passant par le Japon, la Nouvelle Zélande ou les Philippines.

Même si elle peut paraître obscure à certains d'entre nous, cette étude a le mérite de nous montrer une autre carte du monde que celle que nous connaissons habituellement. Cette cartographie s'appuie sur le flux d'informations quotidiennes dans les différentes langues de chaque pays.

Outre cette représentation spatiale, fouiller dans ces immenses bases de données, via le data mining, pourrait permettre donc, dit l'étude, d'anticiper sur d'éventuels conflits, rivalités ou fractures, en prédisant des comportements humains via le contenu des médias. L'étude évoque par exemple la situation récente de l'Egypte, mais ceci est une autre histoire.


Issue time13:42:01, par JP Email 95 vues
Catégories: Technologie, Fait de société



Prenez vos précautions, car les doutes sur la nocivité des ondes des téléphones portables se confirment. Mais tous les modèles n’émettent pas aussi fort !
Début juin, l’Organisation mondiale de la santé a classé les ondes émises par les portables parmi 267 agents «peut-être cancérigènes», au même titre que les vapeurs d’essence ou le plomb. Ce «peut-être» signifie que la science n’a pas établi une relation de cause à effet entre l’exposition aux ondes et la survenue de certains cancers, mais que cette association est jugée «crédible», sur la base d’études montrant une hausse de 40% des risques de tumeur au cerveau chez les gros utilisateurs (une demi-heure par jour pendant dix ans en moyenne). Pour appliquer le principe de précaution, voici les recommandations à prendre au sérieux… et celles qui ne servent à rien.

Combien d’appels par jour pour limiter les risques ?
Lorsqu’on tient le portable à l’oreille, le champ électromagnétique émis par son antenne pénètre dans le cerveau et peut provoquer des dégâts à long terme. Comme le mécanisme est mal connu, difficile de fixer un seuil d’utilisation dangereuse. Dans le doute, les agences sanitaires et les associations recommandent de téléphoner le moins possible : «Des coups de fil de trois minutes au maximum espacés de deux heures si possible», conseille Etienne Cendrier, chez Robin des toits. Mais, attention, c’est au début de l’appel, quand l’appareil «cherche» l’antenne-relais pour accrocher le réseau, que les émissions sont les plus fortes. «Ainsi, dix coups de fil d’une minute sont probablement plus nocifs qu’une conversation de dix minutes», estime Robert Baan, du Centre international de recherche sur le cancer. Même chose lorsqu’on reçoit mal (moins de 4 barres de réception sur l’écran). Evitez l’ascenseur ou le sous-sol !

Les téléphones émettent-ils tous de la même façon ?
Non. Chacun a son propre «débit d’absorption spécifique» (DAS), l’indicateur qui mesure le niveau maximal de radiofréquences absorbées par le corps lors d’un appel portable à l’oreille. Légalement, il doit être inférieur à 2 watts par kilogramme (W/kg). Comme il varie fortement d’un modèle à l’autre (lire ci-contre), choisir un téléphone affichant moins de 0,5 W/kg limite les risques. Mais ne les annule pas, car l’exposition aux ondes dépend aussi de la «sensibilité» de l’appareil (certains «perdent» le réseau plus facilement que d’autres et sont donc plus souvent au top de leurs émissions), ou encore des conditions réelles d’utilisation. Enfin, ne croyez pas vous en tirer avec un accessoire «anti-ondes» (housses, patchs, étuis d’antenne…) comme il s’en vend sur le Net : tous gênent la communication entre le portable et l’antenne-relais, ce qui accroît la puissance d’émission pour maintenir sa liaison. L’inverse de l’effet recherché !

Les smartphones sont-ils plus dangereux ?
A priori, oui : ils comportent deux antennes pour capter trois types de fréquences (GSM, 3G et Wi-Fi), ils ne sont jamais vraiment en veille (pour rafraîchir les données) et leurs fans passent beaucoup de temps à jouer avec. «Mais, tant que l’appareil n’est pas près de la tête, l’exposition reste très réduite», assure Elisabeth Cardis, chercheuse au Centre de recherche en épidémiologie environnementale de Barcelone. Lire ses mails, envoyer un SMS ou consulter le Web n’accroît donc guère la quantité d’ondes absorbées.

Le kit mains libres est-il vraiment utile ?
Seuls 10% des utilisateurs de portable l’emploient régulièrement. Pourtant, son efficacité est prouvée. «Eloigner le téléphone de sa tête, même d’une dizaine de centimètres, réduit considérablement l’énergie absorbée par le cerveau», confirme Gérard Lasfargues, directeur général adjoint à l’Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’environnement : une oreillette filaire divise par dix l’exposition aux ondes.






Capital

Issue time13:30:45, par JP Email 75 vues
Catégories: Archéologie



Grâce à un cheveu, on sait que l'espèce humaine a conquis le monde lors de deux migrations.

Quand, en 1522, le Portugais Cristòvão de Mendonça est le premier Européen à débarquer en Australie, il est loin de se douter que les "sauvages" qu'il rencontre sont ses lointains cousins. Et pourtant, une étude publiée aujourd'hui révèle que cette prise de contact n'est en fait que les retrouvailles entre deux branches de la famille humaine après une séparation de... 75 000 ans !

Oui, voilà 75 millénaires qu'un groupe d'Homo sapiens habitant l'est de l'Afrique ont fait leur baluchon pour se lancer dans la première grande migration humaine qui les mènera jusqu'au cul de la planète, l'Australie ! Qui l'affirme ? Une simple mèche de cheveux ! Celle appartenant à un aborigène mort voilà un siècle dans le sud-ouest de l'Australie et qu'une équipe de généticiens a choisi pour en extraire l'ADN. Avec ce curieux choix, les scientifiques avaient au moins l'assurance de décrypter l'ADN d'un aborigène de pure race, et non pas métissé. Ce génome aborigène a été comparé avec celui de 1 220 individus appartenant à 79 populations européennes et asiatiques. Un long travail fastidieux, mené par plusieurs dizaines de spécialistes, mais qui a permis de dissiper une part du mystère enrobant les premières pérégrinations humaines.

Jusqu'à présent, les spécialistes hésitaient sur la façon dont l'Homo sapiens avait mené sa conquête du monde. Y a-t-il eu une ou plusieurs vagues de migration à partir du berceau natal africain ? Ce qu'ils savaient déjà, d'après de récentes études génétiques, c'est qu'une sortie d'Afrique a eu lieu entre - 34 000 et - 17 000 en direction de l'Europe et de l'Asie. Or les aborigènes ne pouvaient pas avoir fait partie de cet exode, puisque leur présence depuis 50 000 ans en Australie est avérée par des fossiles. La présente étude publiée par la revue Science confirme cette hypothèse, mais fait remonter la date de séparation des premiers Australiens du reste du rameau humain à 75 000 ans.

À la recherche de terrains de chasse

Donc, résumons la situation pour ceux qui ont du mal à suivre : après avoir profité de la bonne vie de sédentaires durant plusieurs dizaines de milliers d'années en Afrique, vers - 75 000, certains Sapiens ont pris la route longeant le Pacifique jusqu'en Australie. Puis, quelque 35 millénaires plus tard, nouveau départ en direction de l'Eurasie. Très vite, ces émigrants se sont séparés en deux groupes, l'un remontant vers l'Europe, l'autre s'enfonçant dans le coeur de l'Asie, trottinant jusqu'en Chine. Puis ce groupe aurait obliqué vers le nord, pénétrant dans l'actuelle Sibérie. De là, une poignée d'hommes auraient franchi le détroit de Béring pour passer en Alaska, il y a 15 000 à 30 000 ans.

Quand on parle de migration, il ne faut surtout pas imaginer des Homo sapiens se réunissant un beau soir devant le feu pour se dire : "Hé ! les gars, si on faisait nos bagages pour s'installer en Australie !" Ces premières migrations ne ressemblent pas à l'avancée des hordes de Huns. Luca Cavalli-Sforza, probablement le plus grand spécialiste mondial de la génétique des populations, expose sa façon de voir les choses dans son dernier ouvrage sorti chez Odile Jacob. Pour lui, les premiers hommes constituaient à peine une population d'un millier d'individus, répartis entre l'Éthiopie et le Kenya, vivant de la cueillette et de la chasse. "Quand le territoire commençait à ne plus suffire à ses besoins alimentaires, un groupe se détachait, en quête de nouvelles ressources. Les chasseurs étaient toujours en mouvement pour aller d'un terrain de chasse à l'autre... Ces mouvements étaient d'habitude le fait de groupes de cinq à dix familles - on les appelle les bandes de chasse ; ce fut probablement ces bandes qui, après avoir trouvé un nouveau territoire de chasse très intéressant, même s'il était lointain, s'y établirent et créèrent une nouvelle colonie. Cela se produisit assez souvent, et ce fut, assez certainement, le mécanisme grâce auquel les chasseurs occupèrent le monde dans une période comprise entre il y a 60 000 ans et 10 000 ans." Au gré, bien entendu, des fluctuations climatiques.

Des retrouvailles tragiques

C'est donc ainsi que, un beau jour, des hommes abordent l'Australie et y prospèrent, isolés du reste de l'humanité durant des dizaines de millénaires. Voilà qui fait de la population aborigène, la seule à descendre en ligne droite des premiers hommes nés en Afrique. Car il est utile de le répéter : Blancs, Jaunes ou Noirs, nous sommes tous des Africains. Cet isolement australien aura donc duré jusqu'au débarquement d'un Portugais aventureux. Des retrouvailles qui tournèrent cependant vite au cauchemar quand les Européens se mirent à chasser leurs cousins comme de vulgaires animaux. Et ce, jusqu'au début du XXe siècle. Une des pages les plus noires de l'humanité.

Autre révélation, mais cette fois-ci par les généticiens américains de l'université Cornell dans la revue Nature Genetics : les San d'Afrique septentrionale, plus connus sous le nom de Bushmen, se sont séparés du groupe primitif des Homo sapiens bien avant les aborigènes ! En farfouillant dans le génome complet de ces petits hommes, les chercheurs estiment que leurs ancêtres ont pris le large voilà 130 000 ans. Et non 100 000 ans comme on le pensait précédemment. Soit seulement 70 000 ans après l'apparition de l'Homo sapiens. Moi, j'aimerais bien envoyer l'ADN de ma belle-mère à ces généticiens. Selon toute probabilité, elle s'est séparée de la branche humaine bien avant l'apparition des Sapiens...



FRÉDÉRIC LEWINO, Le Point

Issue time16:39:52, par JP Email 62 vues
Catégories: Histoire



Le saviez-vous ? Clovis, Saint Louis ou François I er , mais aussi Henri IV, Louis XIV ou Napoléon ne sont plus étudiés dans les collèges français ! Rayés des programmes ou relégués en option. Raison invoquée par l'Education nationale: il faut consacrer du temps, entre la sixième et la cinquième, à «l'enseignement des civilisations extra-européennes», de l'empire du Mali à la Chine des Hans. C'est ce scandale pédagogique et culturel que dénonce l'historien Dimitri Casali dans son salutaire Altermanuel d'histoire de France (Perrin), dont Le Figaro Magazine publie des extraits. Superbement il lustré, l'ouvrage se présente comme un complément idéal aux manuels scolaires recommandés (ou imposés) par les professeurs de collège. Qui fixe les programmes scolaires en histoire ? L'enquête du Figaro Magazine montre que la question engage l'avenir de notre société.

Clovis, Charles Martel, Hugues Capet, Louis IX, dit Saint Louis, François Ier, Louis XIII ont disparu des instructions officielles de sixième et de cinquième. Le programme de sixième passe sans transition de l'Empire romain au IIIe siècle à l'empire de Charlemagne, soit une impasse de six siècles. Les migrations des IVe et Ve siècles (les fameuses «invasions barbares»), pourtant fondamentales dans l'histoire de l'Europe, ne sont plus évoquées.

Ces absences sont incompréhensibles. Comment comprendre la naissance du royaume de France sans évoquer Clovis? Comment mesurer «l'émergence de l'Etat en France » sans appréhender le règne de Louis IX? La Renaissance sans connaître François Ier? «L'affirmation de l'Etat » sans expliquer Louis XIII et Richelieu? Tous les historiens s'accordent sur l'importance de ces personnages et de leur œuvre, non seulement politique, mais aussi économique et culturelle.

Le règne de Louis XIV est quant à lui relégué à la fin d'un programme de cinquième qui s'étend sur plus de mille ans d'Histoire. Faire étudier aux élèves en fin d'année scolaire cette longue période (1643-1715) tient de la mission impossible, sachant que les enseignants peinent à boucler des programmes surchargés. Ce règne est de plus noyé dans un thème «L'émergence du "roi absolu" » qui s'étend du début du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle. C'est ainsi tout un pan de l'histoire de France qui risque d'être partiellement ou - au pire - pas du tout traité. Le règne de Louis XIV est pourtant décisif, tant dans l'affirmation du «pouvoir absolu» que dans le rayonnement de la civilisation française, en France et à l'étranger, à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Le Brun, Le Nôtre, Hardouin-Mansart, Lully, La Fontaine, Corneille... Autant d'artistes et d'écrivains qui risquent de n'être jamais évoqués dans les classes.

A côté des «oubliés» et des «relégués» des programmes, il y a les «optionnels»... L'une des originalités des nouveaux programmes réside en effet dans le système des options, censé permettre à l'enseignant de construire son propre parcours pédagogique. Si cette démarche est intéressante, elle n'en montre pas moins rapidement ses limites... Ainsi, dans le thème 1 («Les bouleversements culturels et intellectuels») de la partie IV («Vers la modernité») du programme de cinquième, les enseignants doivent faire étudier «la vie et l'œuvre d'un artiste ou d'un mécène de la Renaissance ou un lieu et ses œuvres d'art». Ils pourront donc enseigner, par exemple, Léonard de Vinci ou Laurent de Médicis ou la chapelle Sixtine, mais pas les trois. Dans le thème 2 («L'émergence du "roi absolu"») de la partie IV, ils doivent choisir un règne entre le XVIe siècle et 1715. François Ier, Henri IV, Louis XIII ou Louis XIV. Le choix est impossible.

Parmi ces périodes optionnelles figure le premier Empire (1804-1815). En classe de quatrième, dans le seul chapitre consacré à la Révolution et l'Empire, «La fondation d'une France moderne», l'étude doit être menée à travers un sujet donné. Il y a cinq propositions, dont trois excluent totalement la période impériale:

- Invention de la vie politique;
- Le peuple dans la Révolution;
- La Révolution et les femmes;
- La Révolution, l'Empire et les religions;
- La Révolution, l'Empire et la guerre.

Bref, le premier Empire ne donnera lieu, au mieux, qu'à un éclairage thématique. Dans trois cas sur cinq, il ne sera pas étudié ! Ajoutons que cette période a disparu du nouveau programme de seconde.

A-t-on peur des grands personnages?

Clovis, Louis IX, François Ier, Louis XIII, Louis XIV, Napoléon Ier... La disparition ou l'amenuisement de ces souverains et de leur règne laisseraient-ils penser qu'ils n'ont plus de réalité historique? Leur importance n'est pourtant pas remise en cause par les historiens. Comment expliquer alors «l'optionnalisation» du premier Empire en quatrième et sa disparition en seconde? S'agirait-il de gommer un régime jugé trop autoritaire, trop militariste et trop expansionniste? De même, Clovis et Louis IX, dit Saint Louis, seraient-ils devenus trop politiquement «connotés» pour être cités dans les instructions officielles? La même question peut être posée concernant la relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième. Pourquoi faire disparaître ou réduire des règnes notamment caractérisés par le rayonnement de la France à l'étranger? Il est à craindre que la règle du «politiquement correct» ait été appliquée aux programmes, conception moralisatrice de l'enseignement qui tient de la manipulation de l'Histoire.

Faire étudier aux élèves Clovis, François Ier ou Napoléon Ier n'a pourtant rien de réactionnaire en soi. Il ne s'agit bien évidemment pas d'en revenir à une lecture hagiographique, providentielle, épique, patriotique ou dogmatique des «grands personnages», que des générations d'historiens ont bien heureusement remise en cause et déconstruite. Au contraire, il faut présenter aux élèves la complexité de ces hommes, inscrits dans leur époque, sans anachronisme, ni tabou, ni mythologie, et à la lumière des dernières recherches historiques. C'est justement l'étude de leur vie, de leurs actions, de leurs œuvres, de leurs façons de concevoir le monde qui les débarrassera des clichés, des stéréotypes et des images d'Epinal. L'Histoire est toujours la meilleure réponse au mythe. Ces personnages ont aussi une valeur pédagogique car ils permettent d'humaniser une Histoire souvent désincarnée, et sont susceptibles de susciter chez les enfants une véritable émotion, assez proche de celle ressentie lors d'un spectacle.

Ce ne sont pas seulement des personnages historiques, des périodes et des règnes majeurs qui sont écartés, réduits à la portion congrue ou devenus optionnels. Des textes fondateurs, des traités et des lois décisives sont tout simplement passés à la trappe: le serment de Strasbourg (842), l'un des plus anciens textes en langue romane, le lointain ancêtre du français; le partage de Verdun (843), qui dessine une nouvelle carte de l'Europe d'où sont issus les Etats européens; l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui impose l'usage du français dans l'administration à la place du latin, constituant ainsi une étape clé dans l'unification du royaume de France. La relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième rend extrêmement difficile sinon impossible l'étude de la révocation de l'édit de Nantes (1685), qui marque l'interdiction du protestantisme en France et entraîne l'exil de plus de 250.000 protestants. L'histoire des arts n'est pas épargnée. Le précédent programme de quatrième prévoyait l'étude d'extraits du Bourgeois gentilhomme (1670), des Châtiments (1853) et des Misérables (1862), permettant d'inscrire Molière et Victor Hugo dans leur époque, de mesurer l'importance historique de leur œuvre et de faire prendre conscience aux élèves de leur génie littéraire. Or, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes...

Le risque du «zapping» historique

Les instructions officielles imposent l'étude de plusieurs civilisations extra-européennes à certaines périodes :
Au choix, «la Chine des Hans à son apogée», c'est-à-dire sous le règne de l'empereur Wu (140-87 avant J.-C.), ou «l'Inde classique aux IVe et Ve siècles», au sein de la partie «Regards sur des mondes lointains» représentant 10 % du temps consacré à l'Histoire de la classe de sixième - Au choix, l'empire du Ghana (VIIIe-XIIe siècles), l'empire du Mali (XIIIe-XIVe siècles), l'empire Songhaï (XIIe-XVIe siècles) ou le Monomotapa (XVe-XVIe siècles), au sein de la partie «Regards sur l'Afrique» représentant 10 % du temps consacré à l'Histoire de la classe de cinquième. Cette partie comprend l'étude de la naissance et du développement des traites négrières (traites orientales et internes à l'Afrique noire).

La connaissance des histoires de la Chine, de l'Inde ou de l'Afrique est importante et passionnante, notamment à l'heure de la mondialisation. Cependant, force est de constater que, mathématiquement, ces nouvelles thématiques s'intègrent dans les programmes aux dépens de parties capitales de l'histoire de France ou de l'Europe. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'établir une quelconque hiérarchie aberrante entre les civilisations: le règne de Louis XIV (1643-1715) n'est ni supérieur ni inférieur à celui de Kankou Moussa, roi du Mali de 1312 à 1332. Il faut tout simplement parvenir à un bon équilibre entre l'étude de l'histoire de France et celle des civilisations extra-européennes.

Le contraste est saisissant avec le nouveau programme de seconde qui est, quant à lui, marqué par un européocentrisme caricatural. Le monde n'y est en effet perçu qu'à l'aune de l'Europe: «Les Européens dans le peuplement de la Terre», «Nouveaux horizons géographiques et culturels des Européens à l'époque moderne»... L'ancienne partie consacrée à «La Méditerranée au XIIe siècle: carrefour de trois civilisations», qui permettait de mesurer les échanges, les contacts (pacifiques et conflictuels) et les influences entre l'Occident chrétien, l'Empire byzantin et le monde musulman a disparu, au profit d'une lecture strictement européenne du Moyen Age. Il aurait bien mieux valu prioriser en collège l'étude de l'histoire du bassin méditerranéen, de la France et de l'Europe pour approfondir au lycée l'étude des civilisations extra-européennes en leur consacrant une vraie place dans les programmes, bien loin du «zapping» proposé en cinquième.

La place des traites négrières dans les programmes de collège soulève un autre questionnement. Elles sont mentionnées cinq fois dans le seul encadré du programme consacré à la partie «Regards sur l'Afrique», avant de donner lieu à un thème du programme de quatrième, «Les traites négrières et l'esclavage», puis à une étude de l'abolition de l'esclavage en France en 1848 dans le thème 2. Il aurait probablement mieux valu resserrer l'étude des différentes traites négrières sans, bien entendu, dénaturer cette réalité historique fondamentale.

L'histoire de France facilite l'intégration

L'argument souvent utilisé selon lequel ces nouveaux programmes ont notamment été conçus pour épouser la diversité culturelle des élèves est contestable. Ce raisonnement risquerait d'aboutir à un éparpillement des thèmes et des champs d'étude, rendant encore plus difficile l'assimilation des connaissances. Pourquoi ne pas considérer que les élèves, quelle que soit leur origine, sont français et, à ce titre, ont droit à l'histoire de France la plus complète? Il serait ainsi particulièrement intéressant d'intégrer dans les programmes des séquences de cours sur l'histoire de l'immigration en France et en Europe, du Moyen Age à nos jours. Pourquoi ne pas proposer des dossiers consacrés à ces immigrés qui ont fait la France, qu'ils soient des anonymes ou des « grands personnages»? Selon une enquête de l'Ined (rapport «Trajectoires et origines», 2010), bien que de nationalité française, 37 % des jeunes d'origine étrangère ne se sentent pas français. Pour épouser la diversité culturelle des élèves, rien ne vaut l'histoire de France... Les parcours de Blaise Diagne, premier ressortissant d'Afrique noire à devenir ministre, ou de Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) sont, à ce titre, exemplaires. «Je n'ai pas une goutte de sang français dans mes veines mais la France coule dans mes veines», aimait à rappeler ce dernier. En étudiant les Guyanais Félix Eboué et Gaston Monnerville, premier homme noir à devenir président du Sénat, on peut montrer toute l'importance de l'Outre-Mer dans l'histoire de France. La culture est la base de notre société et cette culture est notamment fondée sur la connaissance de l'histoire du pays où l'on vit, quelle que soit son origine géographique. Comme dit l'adage, on ne comprend que ce que l'on connaît. L'Histoire est une garantie d'intégration, car elle est un moyen d'accéder aux modes de compréhension de notre société.

Rétrograde, la chronologie ?

La disparition de dates et de périodes capitales de l'histoire de France ainsi que le système des options aboutissent à une Histoire à trous, lacunaire, atomisée, qui rend beaucoup plus difficile l'assimilation par les élèves de la chronologie, cette juste représentation de la profondeur historique. Le nouveau programme de première est à ce titre édifiant. Il repose sur un système de modules non pas chronologiques mais thématiques, qui peuvent être disposés dans n'importe quel ordre: «La guerre au XXe siècle»; «Le siècle des totalitarismes»; «Les Français et la République»... Avec ce système, il devient beaucoup plus difficile d'expliquer le rôle déterminant de la Première Guerre mondiale dans la genèse des totalitarismes, ou même le rôle du totalitarisme nazi dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La chronologie serait-elle devenue démodée? Un comble, car l'Histoire est comme une langue dont la chronologie est la grammaire. Sans elle, notre connaissance du passé est vouée à l'anachronisme, cette incapacité d'inscrire un événement ou un personnage dans son contexte. Sans elle, nous sommes voués à l'amnésie...»



Le Figaro

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Au fil des actualités, je publie celles qui m'interpellent, qui m'intéressent et devraient vous intéresser. Sur tous les sujets, la politique bien sûr, mais aussi l'environnement, les sciences, l'art, les loisirs mais aussi des infos insolites s'il y en a.

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