Serait-ce de l'acharnement ? Tous ces articles, ces couvertures, ces livres, comme autant de pelletées de terre jetées sur une Rachida Dati justement à terre ? Elle s'en va, quitte le gouvernement et la Place Vendôme pour une voie de dégagement européenne, dont on se doute qu'elle ne l'a pas choisie, et on lui tirerait dans le dos après l'avoir portée en une et aux nues. Serait-ce de l'acharnement ou bien, plus simplement, l'heure de vérité pour un personnage romanesque en diable qui a construit une légende, la sienne, haute entreprise de camouflage et de protection ? Il a fallu du temps pour se défaire du charme, démêler l'écheveau d'une vie, détricoter les noeuds d'une personnalité, vérifier, aller voir.

Ces livres qui lui sont consacrés, Rachida Dati les mérite. Et celui de Jacqueline Remy*, dont Le Point publie cette semaine des extraits, est à sa hauteur, avec cette brutalité et ces délicatesses qui font les bonnes enquêtes. On y voit une jeune fille, puis une jeune femme pleine d'afféteries, de coquetteries, de cachotteries. Si elle ne ment pas, du moins brode-t-elle, lâchant dans le récit de son irrésistible ascension mille leurres pour mieux semer ses poursuivants, au risque de s'y perdre elle-même. Son père était-il un intellectuel ou un analphabète ? C'est selon. A-t-elle vraiment travaillé comme aide-soignante dans une clinique la nuit ? C'est à voir. Est-elle une travailleuse acharnée, une bûcheuse qui rafle les diplômes du mérite républicain ? Ça se discute.

Tout se discute de ce que raconte d'elle-même Rachida Dati. On la devine menacée d'un complexe d'imposture, cette peur d'être démasquée à tout instant, en même temps qu'on la voit cynique, cruelle, odieuse avec plus faible qu'elle. Le livre de Jacqueline Remy nous apprend également qu'elle est "blindée". "Comme ces mendiants qui viennent et reviennent encore titiller le touriste, Rachida Dati, pendant ses années d'initiation à la vie parisienne, sera capable de harceler au téléphone des personnalités de premier plan, de les ficeler dans les rets subtils qu'elle tisse autour d'elles. Jamais elle ne lâche prise. Jamais elle ne renonce." D'ailleurs, elle s'est acharnée à embrasser un destin sarkozien. "En janvier, après la naissance de Zohra, elle met en scène l'un de ses plus jolis petits coups, raconte Jacqueline Remy. Sans prendre rendez-vous, pour éviter de se faire refouler, elle fait irruption à l'Élysée, le bébé dans les bras. Elle vient présenter sa petite fille au Président, cet homme à qui elle doit tant, comme si elle ne savait pas qu'il voyait dorénavant en elle davantage un problème qu'un atout. Elle sourit, Rachida. Nicolas Sarkozy admire le bébé. Alors, elle le prie tout à trac d'être le parrain de Zohra. Il ne peut qu'accepter. Carla sera furieuse en l'apprenant. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase." Plus d'extraits à lire dans Le Point actuellement en kiosque.

* Du rimmel et des larmes, de Jacqueline Remy. Seuil, 228 pages, 17 euros.



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