04.05.09
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Après deux ans de présidence Sarkozy, l'image du chef de l'Etat français a radicalement évolué dans le monde anglo-saxon. Pas tellement pour sa politique étrangère, qu'il conduit en iconoclaste, rejoignant le commandement intégré de l'OTAN et envoyant des troupes en Afghanistan. Ni pour sa capacité à gérer les crises, qui a recueilli des applaudissements quand il a mis son leadership énergique au service de la présidence française de l'Union européenne. Non, c'est dans le domaine de l'économie que Nicolas Sarkozy a donné l'impression de découvrir son ADN gaulliste, que ce soit dans sa dénonciation du capitalisme du laisser-faire ou dans les efforts qu'il a consacrés à faire du sommet du G20 de Londres une confrontation entre les défenseurs du libéralisme anglo-saxon et la volonté franco-allemande de réguler davantage l'économie de marché. Nicolas Sarkozy a fait machine arrière pour se retrouver sur un terrain familier aux dirigeants politiques français : s'incliner devant les pêcheurs et les ouvriers de l'automobile en colère, contester les mérites du marché unique européen, le rôle des nouveaux entrants, des pays où les salaires sont moins élevés, provoquer Londres et Washington, et finalement retrouver des accents protectionnistes. Remontons un peu dans le temps : ce président pourrait s'appeler Jacques Chirac. PRINCIPE DE RÉALITÉ Qui est le vrai Nicolas Sarkozy ? De la même manière que les Anglo-Saxons ont toujours secrètement douté de la profondeur de son libéralisme, l'opinion publique française semble s'interroger sur la portée réelle de son virage social. Peut-être s'agit-il seulement d'une question d'image : sa proximité avec les grands capitaines d'industrie, ou la façon dont certains commentateurs parisiens tiennent son bonheur avec Carla Bruni pour de l'extravagance attisent un antisarkozysme virulent dans une partie de la presse et certains cercles de gauche. A moins qu'il ne s'agisse d'un principe de réalité qui veut que, pour chaque tentative de préserver les emplois menacés, il y a une nouvelle loi favorisant la dérégulation (l'ouverture des commerces le dimanche) ou l'affirmation d'une politique libérale (le refus de toucher au bouclier fiscal). Et souvent, l'interventionnisme présidentiel est affaire de rhétorique plus que d'action (le cas des aciéries de Gandrange). Justifiée ou non, l'image qui colle à Nicolas Sarkozy, en France, est celle d'un leader fondamentalement favorable au marché, au monde des affaires et aux riches (d'où la méfiance de nombreux intellectuels qui le soupçonnent de préférer la création de richesses à celle des idées). Cette perception favorise l'émergence d'une forme de doute sur l'authenticité de sa politique sociale. S'il est vraiment préoccupé de justice sociale, qu'est-ce qui l'empêche de supprimer le bouclier fiscal ou d'augmenter le smic ? A l'occasion des élections européennes de juin 2009, le Parti socialiste fait campagne sur le thème "Stop à Barroso, stop à Sarkozy", comme si ces deux hommes étaient l'incarnation du libéralisme économique. Mais essayez donc d'expliquer en ce moment aux Américains ou aux Britanniques que Nicolas Sarkozy est attaqué en France pour être trop favorable au marché et au monde des affaires ! Face à leur président, les Français semblent faire preuve de schizophrénie. D'une part, ils attendent de Nicolas Sarkozy qu'il restaure la compétitivité française, pour créer des emplois et de la croissance dans les années à venir. D'autre part, ils lui font subir une pression politique intense pour qu'il les protège des forces du marché pendant la crise. Mais endosser les habits du père protecteur de la nation va de pair avec une approche de la fonction présidentielle plus traditionnelle, basée sur un lien plus profond avec les Français, leur donnant moins l'impression que les réformes sont si urgentes, dérangeantes. Si ce virage social se confirme, Britanniques et Américains feraient bien de s'habituer d'ores et déjà à l'idée de traiter avec un dirigeant bien plus français que ce qu'ils avaient imaginé. |
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