17.07.09
![]()
Etouffés. Huit membres du Congrès triés sur le volet pour leur discrétion doivent légalement être mis au courant de tout ce qu’entreprend la CIA. Pour éviter que ce genre d’affaire ne se reproduise, des sénateurs ont proposé que 40 congressmen, et non plus huit, soient mis dans la confidence. Mais la Maison Blanche s’oppose à ce projet de loi. Le New York Times revient également, ce week-end, sur un crime qu’aurait perpétré un seigneur de la guerre afghan, le général Abdulrachid Dostom, alors qu’il était payé par la CIA. Allié aux forces américaines au moment de l’invasion de l’Afghanistan, à l’automne 2001, lui et ses milliers d’hommes en armes ont combattu aux côtés de forces spéciales des Etats-Unis pour bouter le gouvernement taliban hors du pouvoir. Des milliers de combattants talibans furent capturés en novembre 2001 sur un champ de bataille du nord du pays. Les captifs furent confiés à Dostom qui, pour les transporter jusqu’à sa prison de Mazar-i-Sharif, les entassa dans des conteneurs. Des centaines, voire des milliers, d’entre eux périrent étouffés dans ces cercueils de fer. Les hommes de Dostom ouvrirent même le feu sur certains. Avant de les ensevelir au bulldozer dans des fosses communes creusées dans le désert. Immédiatement, le Département d’Etat, le FBI, la Croix-Rouge internationale et plusieurs associations exigèrent une enquête. Or, sept ans plus tard, rien n’a été fait. La raison en est simple, explique le Times : «Les officiels de l’administration Bush ont découragé de manière répétée toutes les tentatives d’investigation.» «Absurde». Abdulrachid Dostom est aujourd’hui chef d’état-major du président afghan, Hamid Karzaï. Interrogé par Libération en 2003, l’inénarrable chef de guerre avait raconté : «Il est possible que 10, 20, 30 prisonniers par conteneur soient morts. Disons au total 190 morts. Nous, on a perdu 3 000 à 4 000 hommes dans cette guerre, alors 190 personnes mortes au cours d’un transport, ce n’est pas grand-chose.» Une ONG américaine, Physicians for Human rights (PHR, Docteurs pour les droits de l’homme), a découvert une fosse commune en plein désert où auraient été cachées les victimes. Malgré les demandes de l’ONG, rien n’a été fait pour protéger ces preuves et, en 2008, la fosse commune a été en partie excavée. L’administration Obama, pas plus que la précédente, ne compte ouvrir d’enquête. Selon des officiels anonymes cités par la presse américaine, les Etats-Unis n’ont pas de juridiction adéquate , cette affaire concernant des étrangers dans un pays étranger. «C’est absurde pour des officiels américains de dire qu’il n’y a pas de base légale pour enquêter sur une atrocité de masse très bien documentée», rétorque la chef de PHR, Susannah Sirkin. |
|