Le colonel Kadhafi veut rayer la Suisse du globe. Il avait déjà caressé cette idée lors du G8, en juillet. Puis il est passé à l’action. «La Libye a déposé une requête auprès de l’ONU», a affirmé mercredi soir la conseillère nationale Christa Markwalder à la TV alémanique. L’idée du patron de la Libye ? Que le démantèlement de la Suisse soit discuté lors de l’assemblée générale des Nations Unies, qui s’ouvre le 15 septembre à New York.

L’information a été confirmée hier soir par un porte-parole de l’ONU, Far­han Haq. La Libye a bien voulu que la mort de la Suisse soit au menu des débats des Nations Unies, a-t-il lâché. Mais sa requête a été rejetée il y a un mois déjà car elle trahit la charte de l’ONU : aucun membre ne peut menacer l’existence ou la souveraineté d’un autre.
Concrètement, le leader libyen voulait purement et simplement proposer un démantèlement du pays. La Suisse romande serait rattachée à la France, la Suisse alémanique à l’Allemagne, le Tessin à l’Italie. Et la Suisse aurait disparu.

Le danger que la Libye force l’ONU à débattre de la disparition de la Suisse n’est pas encore tout à fait écarté. Selon Farhan Haq, joint par l’ATS, il est très improbable que la demande libyenne puisse être au programme. Mais, nuance-t-il, les dernières modifications à l’ordre du jour sont encore possibles jusqu’à deux jours avant le début de la session.
Improbable mais pas impossible, donc. D’autant que la Libye peut aujourd’hui compter sur un coup de pouce du nouveau président de l’assemblée générale de l’ONU. Qui n’est autre que le Libyen Ali Abdussalam Treki, un proche de Kadhafi et son ancien ministre des Affaires étrangères.

Théoriquement, donc, Muammar Kadhafi peut encore proposer la mort de la Confédération aux Nations Unies. «Un Etat peut demander un ajout à l’ordre du jour, explique Marcelo Kohen, professeur à l’Institut des hautes études internationales, à Genève. Il doit faire parvenir une note demandant cet ajout au président de l’Assemblée générale de l’ONU.» Soit à Ali Treki, l’ami de Kadhafi.
Ensuite, l’ONU informe ses Etats membres de cette note. Qui ressemblerait à : «La Grande Jamahiriya arabe libyenne demande la mise à l’ordre du jour de la 64e session de l’Assemblée générale le point suivant : démantèlement de la Confédération suisse.»

Lors de l’ouverture de l’assemblée, les 192 Etats passeraient au vote: acceptent-ils ou pas ce point à l’ordre du jour. «Il faut la majorité simple des votants», précise le spécialiste. Si le oui l’emportait, la mort de la Suisse serait ajoutée au menu, quelque part entre les sujets «Prévention des conflits armés» et «Effets des rayonnements ionisants».
Puis le sujet serait débattu. Kadhafi présenterait ses arguments. La Suisse se défendrait – «A l’heure actuelle, Mme Calmy-Rey et M. Leuenberger ont prévu de faire le déplacement. En ce qui concerne M. Merz, c’est en discussion», nous explique le Département fédéral des affaires étrangères. D’autres pays pourraient s’en mêler. «Au final, si la Libye présentait une résolution, note Marcelo Kohen, il y aurait un second vote. Mais pour qu’elle soit acceptée, il faudrait cette fois la majorité des deux tiers des votants.»

Le professeur ajoute: «Tout cela me semble impensable mais précisons que les résolutions de l’ONU n’ont pas de valeur contraignante. Et, si on continue dans la théorie, j’imagine que la Suisse pourrait alors demander des réparations à la Libye pour atteinte à sa souveraineté, sourit-il. Par exemple des excuses…» Le colonel Kadhafi ne prendra sans doute pas le risque de tenter une seconde fois de passer par la voie officielle. Mais un autre scénario se dessine déjà à l’horizon: il pourrait simplement profiter de ses montées à la tribune, prévues les 22 et 23 septembre, pour s’en prendre à la Suisse. «Là, rien ne peut l’empêcher de dire tout ce qu’il veut, précise Marcelo Kohen. Il prendrait alors l’ONU en otage, comme un certain Ahmadinejad il n’y a pas si longtemps.»
Cette hypothèse inquiète même les puissants hôtes des Nations Unies. Hier, Susan Rice, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a même exhorté Kadhafi à bien se tenir. Mais, ces derniers temps, le «Guide de la révolution» n’a pas pour habitude de faire profil bas.



Renaud Michiels, Le Matin