La Croatie pourrait achever ses négociations d'adhésion à l'Union européenne en 2010 mais la Turquie doit encore faire des progrès substantiels afin d'envisager de rejoindre le bloc communautaire, a conclu mercredi le rapport annuel sur l'élargissement.

L'évaluation, préparée par le commissaire chargé de l'élargissement, Olli Rehn, juge par ailleurs sans complaisance le manque de progrès enregistrés dans les pays aspirant à devenir candidats, notamment dans la lutte contre la corruption et contre le crime organisé.

Dans le cas de la Croatie, dont les négociations d'adhésion ont été bloquées pendant de nombreux mois par un différend frontalier avec la Slovénie, la Commission estime que les discussions pourraient être terminées en 2010 même si les réformes doivent être poursuivies dans le pays.

Zagreb est notamment invité à combattre plus efficacement la corruption et le crime organisé, à réformer son système judiciaire et à faire des progrès en matière de droits des minorités et de droit au retour des réfugiés.

Sur le dossier particulier de la coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, les autorités croates doivent faciliter à la cour un meilleur accès aux documents gouvernementaux, estime le texte.

Même si la Commission ne mentionne aucune date pour l'entrée de la Croatie dans le bloc, le pays pourrait devenir le 28e membre de l'UE dès 2012, une fois complétée la ratification de son traité d'adhésion.

Elle pourrait aussi bénéficier de l'élan créé par la demande islandaise de rejoindre l'UE.

PAS D'ENTRAIN POUR L'ÉLARGISSEMENT

De son côté, la Turquie, à qui Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et plusieurs autres dirigeants européens refusent la perspective de devenir membre à part entière et préfèrent parler de partenariat privilégié, a reçu un rapport mitigé.

Ankara est salué pour l'organisation d'élections libres et justes et pour des avancées en matière de réforme judiciaire et de relations entre les pouvoirs civils et militaires.

Mais le rapport souligne que des préoccupations demeurent en ce qui concerne le recours à la torture, la protection de la liberté de parole et d'expression, le droit de la presse, le droit de réunion, la liberté de culte et les libertés individuelles des femmes.

La Turquie est par ailleurs invitée à normaliser ses relations avec Chypre.

Le troisième candidat à l'adhésion, l'Ancienne république yougoslave de Macédoine (Arym) est quant à lui encouragé à poursuivre sur la voie des réformes, notamment en matière de lutte contre la corruption, où des progrès ont été enregistrés.

Le gouvernement macédonien est félicité pour les conditions dans lesquelles se sont déroulées les élections présidentielle et locales et pour son bilan économique, qui rapproche le pays d'une "économie de marché viable", statut nécessaire à l'entrée dans l'UE.

Les cinq pays aspirant à devenir candidats à l'adhésion - Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Serbie et Kosovo - sont de leur côté invités à accélérer les timides avancées en matière d'état de droit et à redoubler d'effort pour combattre la corruption et le crime organisé.

Pour l'ensemble de ces pays, la perspective d'une adhésion reste lointaine alors que l'entrée en 2004 de 12 nouveaux membres et la crise économique ont refroidi les ardeurs d'une majorité de pays pour de nouveaux élargissements.

Une majorité d'Etats membres souhaitent également faire une pause dans les élargissements, une fois réglés les dossiers croates et islandais, pour permettre à l'Union de s'habituer aux nouvelles institutions créées par le traité de Lisbonne, dont l'entrée en vigueur est espérée d'ici la fin de l'année.



Julien Toyer, Marcin Grajewski, Reuters