Une nouvelle ère s'ouvre au CERN (organisation européenne pour la recherche nucléaire), où le premier essai de collision de protons à 7 TeV, un niveau d'énergie sans précédent, a été mené mardi 6 avril dans le grand collisionneur de hadrons (LHC) près de Genève.

Le Grand collisionneur de hadrons était à présent exploité couramment avec des faisceaux en circulation à 3,5 TeV (3,5 teraelectron volts ou 3.500 milliards d'électron volts), l'énergie la plus élevée jamais atteinte dans un accélérateur de particules.

Mardi, le premier essai de collisions à 7 TeV (3,5 TeV par faisceau) s'est déroulé avec succès, donnant le coup d'envoi du programme de recherche du LHC.

Les scientifiques réunis dans une salle de contrôle du CERN ont salué par des applaudissements la première des trois collisions enregistrées. L'essai a pu être suivi sur internet par leurs collègues à l'étranger.

"Avec deux faisceaux à 3,5 TeV, nous nous apprêtons à lancer le programme de physique du LHC", avait déclaré Steve Myers, directeur des accélérateurs et de la technologie, la semaine dernière. "Mais nous avons encore beaucoup de travail avant d'obtenir les collisions. Aligner les faisceaux est en soi déjà un défi: cela revient un peu à lancer des aiguilles à travers l'Atlantique et à les faire entrer en collision à mi-parcours".

Grâce au LHC, les chercheurs espèrent parvenir à une plus grande connaissance du fonctionnement de l'univers, détecter des traces de l'invisible "matière noire", censée composer plus de 96% de l'univers, et percer le mystère du "boson de Higgs", particule jusqu'ici théorique qui donnerait sa masse à la matière.

Une fois lancées les collisions de faisceaux de protons, le CERN envisage d'exploiter le LHC en continu pendant une période de 18 à 24 mois avec un court arrêt technique fin 2010. Un communiqué précise que les chercheurs disposeront alors de suffisamment de données dans les domaines où des découvertes pourraient être réalisées pour confirmer la prééminence du LHC à l'échelle mondiale dans le domaine des hautes énergies.

Le LHC, un anneau de 27km de circonférence à 100m sous terre près de Genève, à cheval sur la frontière franco-suisse, est destiné à étudier les plus petites particules connues, grâce à des quantités énormes d'énergie et des collisions de protons, particules constitutives du noyau des atomes.

L'exploitation du LHC, d'un coût de dix milliards de dollars (7,4 milliards d'euros), a commencé le 20 novembre dernier, avec un premier faisceau en circulation à 0,45 TeV. Après plusieurs interruptions pour des vérifications et des améliorations, il a été remis en service le 28 février, et la première accélération jusqu'à 3,5 TeV a eu lieu le 19 mars.

Le LHC est conçu pour propulser des faisceaux de particules de la famille des "hadrons" (protons ou ions de plomb) à une vitesse proche de la lumière et à de très hautes énergies, grâce notamment à ses 9.300 aimants supraconducteurs, fonctionnant à très basse température.

Les deux faisceaux circulent en sens inverse à l'intérieur de l'accélérateur circulaire, emmagasinant de l'énergie à chaque tour. La collision frontale des deux faisceaux a pour but de recréer les conditions qui existaient juste après le Big Bang, considéré par les scientifiques comme étant à l'origine de la création de l'univers il y a quelque 14 milliards d'années.



The Associated Press