Catégorie: Histoire15.09.09
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La gorge se serre en écoutant le général Huntzinger annoncer par téléphone (mis sur écoute par les Allemands) au général Weygand qu'il vient de signer l'armistice dans le wagon de Rethondes. C'est un de ces multiples documents inédits (en couleurs, en HD et resonorisés) proposés par la série Apocalypse de France 2, qui réussit le pari de raconter la guerre en six heures. Pourquoi coloriser des images tournées en noir et blanc ? Si l'on veut intéresser les nouvelles générations à l'Histoire, ce procédé, à l'évidence, semble aujourd'hui incontournable. Les producteurs ont fait aussi le pari d'un montage rapide : près de 800 plans pour un 52 minutes, soit autant qu'une série américaine. Mais ce n'est pas la seule qualité de cette série. Montage intelligent : on passe de soldats allemands pris de diarrhées dans l'hiver russe à leurs collègues bronzés de l'Afrika Korps qui font cuire des oeufs sur la tôle brûlante de leurs chars. Séquence bluffante : des bataillons sibériens vêtus de blanc qui arrosent à la mitraillette tout en dévalant des pentes à skis comme dans un James Bond. Image sidérante : Manhattan illuminée la nuit aperçue du périscope d'un U-Boat allemand qui croise dans la baie de New York. Commentaire passionnant : on apprend (et l'on voit) que les Soviétiques affamèrent 100.000 prisonniers allemands, dont beaucoup de "Malgré-nous alsaciens", avant de leur donner de la soupe aux choux (un puissant laxatif) pour qu'ils défilent dans Moscou, pris de coliques. Tous ces exemples disent bien le point de vue panoramique et international adopté sur un conflit éminemment mondial. Pas d'approche franco-française. Au contraire. L'équilibre est respecté aussi entre, d'une part, les dirigeants et, d'autre part, le soldat de base et les civils, qui, pour la première fois, sont les victimes principales d'un conflit. Au total, 40 à 50 millions de morts, soit quatre fois plus que lors de la Première Guerre mondiale. On a vu six heures, on aurait pu en voir douze ou dix-huit, car c'est souvent du jamais-vu. "Les cinémathèques du monde entier nous ont fourni leurs fonds émergents", expliquent les auteurs, Daniel Costelle et Isabelle Clarke, qui, avec leur équipe, ont visionné 2.000 heures durant trois ans. Un exploit dont le service public peut être fier. 10.11.08
"Autant je suis contre l'inflation mémorielle autant je suis contre la remise en cause de commémorations existantes qu'elles soient nationales ou autres", a-t-il dit à l'AFP en marge d'une réunion avec ses homologues européens ou leurs représentants. M. Bockel s'exprimait à quelques jours de la publication d'un rapport sur la la question des commémorations, commandé par le gouvernement à l'historien André Kaspi. Selon des indiscrétions, le rapport estime que les commémorations nationales, actuellement au nombre de douze, sont trop nombreuses. Trois seulement seraient à conserver, celles des 8 mai, du 14 juillet et du 11 novembre. "Ces trois dates qui sont fériées seront préservées mais elles doivent être revivifiées et se tourner davantage vers les jeunes générations" a souhaité le secrétaire d'Etat. "Avec la mort cette année du dernier des poilus de 14-18 on passe de la mémoire à l'Histoire, les jeunes doivent s'y intéresser", a-t-il estimé. Quant aux autres commémorations, nationales ou non, "tant qu'elles sont portées par des associations et des personnes qui veulent se souvenir et rendre hommage pourquoi les supprimer ou les réunir autoritairement, cela n'aurait pas de sens", a-t-il poursuivi. Il y a un tas de bonne idées dans le rapport Kaspi pour faire mieux vivre un certain nombre de dates commémoratives, je ne suis pas en désaccord avec sa réflexion", a-t-il ajouté. M. Bockel a convié dimanche soir et lundi ses homologues à des "Rencontres européennes de la Mémoire" sur le thème de la mémoire partagée et de la transmission mémorielle. A l'issue des travaux dans un grand hôtel de Mulhouse, ils se rendront sur le site du Hartmannswillerkopf (le Vieil Armand pour les poilus) où 20.000 jeunes soldats français et allemands sont tombés durant la guerre de 14-18. 05.10.08
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La pièce de Jacques Attali, Du cristal à la fumée (on appréciera l'humour douteux du titre !), a été publiée au début de l'année (Fayard, 15 €) avec l'introduction suivante de l'auteur : « Cette pièce raconte, au plus près de la réalité historique, la réunion secrète qui s'est tenue au matin du 12 novembre 1938, deux jours après la Nuit de cristal, à Berlin, entre les principaux dirigeants nazis. C'est d'elle qu'est sortie la décision de la Solution finale, bien avant la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 ». Autant de mensonges et de culot en si peu de lignes dans un ouvrage édité par une maison sérieuse ! Faut-il être Jacques Attali, ancien conseiller «spécial» de François Mitterrand, aujourd'hui rallié à Nicolas Sarkozy, pour se le permettre en toute impunité ? Mystification historique Disons déjà que la réunion du 12 novembre 1938 était si peu secrète que son compte-rendu (celui dont s'est inspiré l'auteur) figurait déjà au procès de Nuremberg. À cette réunion, qui allait déboucher sur la transmission aux SS de la question juive, le Reichsführer Himmler, chef des SS, n'était pas présent, contrairement à ce qu'indique Attali, mais représenté par son adjoint et alter ego Heydrich. Mais il ne s'agit là que de détails... Le plus grave est de laisser entendre que la Solution finale [l'extermination méthodique des Juifs d'Europe] est issue de cette réunion, soit trois ans avant la date généralement admise par les historiens qui ont consacré des dizaines d'années, sinon leur vie entière, à l'exploration de cette part la plus sombre de l'histoire des hommes. Pour ne rien arranger, l'amateur Attali explique laborieusement que si les nazis ont eu l'idée de liquider définitivement les Juifs austro-allemands, c'est au principal motif d'éviter des problèmes avec les réassureurs américains au cas où l'État hitlérien aurait interdit que les victimes de la Nuit de Cristal soient indemnisées par leurs assureurs, conformément aux règles commerciales universelles. C'est faire fi des troubles cheminements de la conscience qui ont mené Hitler, les chefs nazis et leurs subordonnés d'un antisémitisme purement idéologique (comme il s'en trouvait au début du XXe siècle dans tous les pays occidentaux, y compris l'URSS) à l'indicible... Enjeu idéologique Le débat ne relève pas seulement des spécialistes. Il nous concerne tous. C'est plutôt la deuxième interprétation qui a la faveur des historiens, je veux dire des vrais spécialistes... En abordant ce sujet très sensible avec la délicatesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, Attali, quand à lui, instille dans l'esprit du grand public, y compris de la classe politique et des médias, si complaisants à son endroit, que les chefs nazis, Hitler mais aussi Göring ou encore Heydrich, étaient des monstres, étrangers à notre monde, des monstres qui plus est rationnels puisque c'est sur la base d'un raisonnement froid (éviter de se mettre à dos les réassureurs américains) qu'ils envisagent l'extermination des Juifs. Presse muette, historiens indignés La presse écrite est demeurée silencieuse à propos de cette mystification théâtrale. Le Monde, par exemple, se contente de reprendre les assertions de l'auteur sans prendre la peine de les vérifier auprès d'un historien. Il n'y a que sur internet (Rue 89) que l'on peut lire des points de vue critiques... Interrogée par Judith Sibony (Rue 89), la grande historienne Annette Wieviorka s'indigne : «C'est une contrevérité historique de plus qui circulera en toute impunité». Florent Bayart, chercheur au CNRS, craint un dangereux glissement dans l'idée que la Shoah dériverait d'une affaire d'assurances : «C'est faire comme si le projet d'exterminer les juifs pouvait être le fruit d'une rationnalité : un calcul rigoureux, en vue d'un bénéfice matériel tangible. Or, la Solution finale est au contraire purement idéologique : Hitler avait décrété que la mort du juif était la condition de sa victoire». «Pour traiter un tel sujet, il faut être soit un grand écrivain, soit un historien. Attali n'est ni l'un ni l'autre, et le mélange qu'il propose ici est catastrophique : il ouvre la porte à toutes les dérives, et témoigne d'un grand manque de respect pour les morts», souligne la philosophe Élisabeth de Fontenay... Je crois, pour développer sa pensée, que s'autoriser à publier et dire n'importe quoi sur la Shoah quand on est un personnage officiel est pain bénit pour les négationnistes de tout poil ! L'historien Alain Michel, directeur du bureau francais de l'école internationale pour l'enseignement de la Shoah (Yad Vashem, Jérusalem), enfonce le clou. Il nous déclare : «Qu'il y ait un "saut" vis-à-vis de la politique antijuive au moment de la Nuit de Cristal est une évidence. mais il est autant évident que personne n'envisage à cette date de Solution finale dans le sens d'un massacre organisé. Le débat est clos sur cette question et ce n'est sûrement pas la pièce de théâtre de quelqu'un qui croit tout révolutionner dans chaque question qu'il traite, quelle qu'elle soit, qui va y changer les choses (voir les grandes "découvertes" du même Attali sur la question messianique, il y a presque 15 ans)». Il déplore par la même occasion que les journalistes et enseignants français manquent d'ouverture sur les débats et les évolutions historiographiques qui se font hors de l'Hexagone. |
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