Plus de dix ans après leur interdiction, certains polluants organiques persistants (POP) issus de l’agriculture et de l’industrie sont toujours présents dans l’organisme humain, d’après une publication récente du centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) aux États-Unis. Parus dans la revue Environmental science and technology, les résultats concernent 21 types de POP, et se focalisent sur des produits aujourd’hui interdits que sont les polychlorobiphényles (PCB ) et d’autres chimiques comme les hydrocarbures perfluorés (PFC) et les polybromodiphényléthers (PBDE), tous reconnus hautement toxiques pour l’homme et l’environnement.

L’analyse repose sur des échantillons de sang prélevés lors d’une campagne menée entre 2003 et 2004 sur près de 1800 citoyens américains, âgés de 12 ans et plus. L’étude montre que, par exemple, dans 99,7% des cas, la présence de DDE est décelée dans le sang. Or, le DDE est le produit issu de la décomposition du DDT, un insecticide organochloré cancérigène, interdit aux USA depuis 1973. Il en est de même pour l’hexachlorobenzène, fongicide interdit en 1984, retrouvé dans 99,9% des échantillons.
Globalement, la comparaison avec les campagnes précédentes, celles de 1999 et de 2002 aux USA, met en évidence une tendance à la baisse des teneurs en polluants dans le sang humain. Les dioxines et les furanes, composés organochlorés d’origine industrielle, également trouvés dans les prélèvements, semblent le confirmer. Si ces deux composés restent à des niveaux stables pour les groupes âgés, on observe une diminution des concentrations pour les jeunes populations, qui, désormais, sont moins exposées dans leur environnement.
Cependant, d’après les chercheurs, les changements dans les méthodes d’analyses de ces dernières années rendent le suivi délicat et il est difficile de dire si cette tendance va se poursuivre. Les prochaines campagnes en diront certainement plus long.

Si la diminution des concentrations dans le sang humain, comme celles observées pour les dioxines, est plutôt rassurante, la très forte occurrence de nombreux polluants organochlorés dans les échantillons est la preuve que, malgré les interdictions, les populations sont toujours exposées. Outre la rémanence des produits et leur accumulation dans l’environnement, les chercheurs pensent que la consommation d’aliments venant de pays où s’utilisent encore de tels chimiques peut également être responsable. Ces résultats, si on ne les lit pas comme des arguments au protectionnisme, semblent plutôt être un appel à l’élargissement et au renforcement des conventions internationales : la Convention de Stockholm sur l’interdiction des POP, la Convention de Genève sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance ou encore la Convention de Rotterdam sur la responsabilité partagée entre les pays exportateurs et importateurs de produits agro-chimiques toxiques. Une fois encore, tout le monde est dans le même bateau, et il est incohérent pour les pays industrialisés de se payer le luxe d’une décontamination sans soutenir les autres nations et sans arrêter d’y diffuser allègrement leurs produits.



Elisabeth Leciak, Univers Nature