Seule grande puissance dépourvue de ministère de l'Environnement, la Russie peine à mettre en place une politique climatique. En 2007, elle a émis 2,1 milliards de tonnes de GES, un record national inégalé depuis 1994.

A l'approche de la conférence sur le changement climatique à Copenhague, la Russie affiche un volume d'émissions de gaz à effet de serre (GES) de plus en plus préoccupant. "Depuis la fin de l'ère soviétique, le gouvernement russe privilégie le développement économique aux dépens des questions environnementales", explique Marie-Hélène Mandrillon, historienne de l'environnement au centre d'étude des mondes russes. (Lire l'article : La Russie se développe en piétinant l'environnement).

Avec le soutien du gouvernement Poutine, les industries pétrochimiques, parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre, ont prospéré sans se soucier de la préservation de l'environnement. Arrivé au pouvoir en 2000, l'ancien président a placé les compétences gouvernementales en matière d'environnement sous la houlette du ministère des ressources naturelles. Depuis, le plus vaste Etat de la planète est la seule grande puissance sans ministère dédié, ni plan d'action en faveur de l'environnement (hors ONG). Inquiétant, ce silence radio s'est rompu en mai 2009. Contre toute attente, la Fédération de Russie a publié une "doctrine climatique" de dix-sept pages.

Adoptée par le conseil des ministres, la doctrine éclaircit pour la première fois la position du gouvernement sur plusieurs points majeurs. Le changement climatique n'est plus remis en question, comme cela a pu être le cas sous la présidence Poutine, et ses origines anthropiques sont reconnues. "En publiant ce texte, le pouvoir s'aligne sur les conclusions des experts du GIEC et marque une rupture avec la position du pays jusqu'alors. Les questions environnementales sont enfin prises au sérieux", analyse Marie-Hélène Mandrillon.

Les migrations climatiques "menaceraient la sécurité de la nation"

Finies donc les plaisanteries de Poutine sur les bienfaits du réchauffement climatique (qui permettrait d'éviter le port du manteau de fourrure), la doctrine prêche la mise en place d'une politique environnementale efficace. "Pour ce faire, il faut former une élite administrative et élaborer des instruments politiques efficients", estime l'historienne. L'efficacité énergétique et la décarbonisation de l'économie sont les priorités. Selon des économistes russes, le pays pourrait réduire de 40% ses émissions de CO2, sans endommager l'appareil productif. De quoi éviter l'émission de 2,1 milliards de tonnes de GES par an et sortir l'Oural et la Volga du classement des sites les plus pollués du monde ? "La Russie a beaucoup d'atouts pour s'en sortir. Ses forêts sont par exemple prédisposées à la capture de CO2", répond Marie-Hélène Mandrillon.

Frappé durement par la crise économique, le pays pourrait ainsi moderniser et rénover ses infrastructures industrielles obsolètes. "Reste à définir une politique au sens strict, avec un calendrier, des moyens et des objectifs chiffrés. Aujourd'hui, tout dépend de la volonté du pouvoir". Selon la doctrine, les migrations climatiques "menaceraient la sécurité de la nation". Un motif de plus, s'il en fallait, pour agir en faveur de la protection de l'environnement et mobiliser le pouvoir.

Dans un contexte géostratégique modifié par l'arrivée de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, la Russie tentera peut-être de s'affirmer sur la scène des négociations post-Kyoto. "Copenhague sera un moment de vérité", estime Marie-Hélène Mandrillon. Le rendez-vous est pris fin décembre 2009.

Marie Varasson